Les fantaisies architecturales d'Oscar Niemeyer

Publié le 16 Décembre 2012

Les fantaisies architecturales d'Oscar Niemeyer

L'actualité téléscope mes prévisions d'articles sur ce blog (et ce n'est pas plus mal, car une fois les comptes faits, je vois que je n'ai pas le nombre d'articles à intercaler entre mes chroniques estivales). Oscar Niemeyer est décédé il y a une dizaine de jours à l'âge vénérable de 104 ans. Je dois avouer que je ne connaissais absolument pas son oeuvre ni son nom. Il a été l'un des grands architectes modernes, de ceux qui ont su exploiter au maximum les avancées technologiques et notamment cette nouvelle matière qui était le béton. Pourquoi nous intéresse-t-il sur ce blog ? Pour la cathédrale de Brasilia, bien sûr.

Cap à l'ouest donc. Précédemment, nous partions vers le levant où nous découvrions la construction d'une cathédrale dans une des plus anciennes cités d'Europe. Le cours d'histoire de notre enfance suit la course du soleil, d'abord les mésopotamiens et les égyptiens, puis les phéniciens, les grecs et les romains qui poussent jusqu'aux colonnes d'Hercule. Arrivent alors les proto-nations européennes un peu plus au nord et à l'ouest. Et le moyen-âge se conclut encore plus à l'est, par delà l'océan, avec ce bon vieux Christophe Colomb. Partir vers l'orient, c'est voyager vers la source, vers les origines, refaire le chemin à l'envers. Voyager vers l'occident, c'est au contraire tourner son regard vers l'avenir, vers la fin du jour. Et quel pays et quelle ville ne correspond pas à cet adage si ce n'est le Brésil et Brasilia ? La capitale de ce grand émergent a été implantée à l'intérieur des terres pour inciter la population a progresser vers le couchant, comme un appel pour soutenir le front pionnier. Inspiré par cette idée du progrès, par la mythologie des pionniers, des défricheurs, est née une capitale à l'architecture ultra-moderne sous l'impulsion du président Juscelino Kubitschek en 1960. Elle fut construite en 1000 jours et fait partie du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Sa cathédrale est à l'image de ce paradigme. Elle rompt ainsi avec les codes habituels, puisqu'elle adopte une forme ronde et non une forme en croix. Au moins ici la réussite esthétique est au rendez-vous, ce qui n'est pas le cas partout. Elle a été construite en 12 ans, de 1958 à 1970, ce qui est sensiblement plus long que le temps mis pour construire la plupart des édifices de la capitale mais qui est extrêment court par rapport à tant d'autres temples, y compris de nos jours. Un autre monde quand on pense à tous les architectes, aux ouvriers, aux guildes, à Gaudi et à Justo Gallego Martinez, qui entâment une construction sans forcément penser la voir finie. Le BTP divin deviendrait-il impatient au XXème siècle ?

On retient surtout sa forme d'hyperboloïde qui est la forme caractéristique permettant un refroidissement optimale dans les tuyères et qu'on a évidemment reconnu ... dans les cheminées des centrales nucléaires ou au charbon. Ici, aucun tropisme atomiste, mais une aude au ciel puisqu'on veut représenter deux mains se joignant vers le zénith (l'ensemble est composé de 16 blocs de béton, ce qui posera des questions arithmétiques sans fin à l'esprit trop cartésien qui s'intéressera à cette symbolique des deux mains).

Ici nous sommes au pays des immensités, aux Amériques, alors la cathédrale a l'avantage de se trouver au milieu d'un espace dégagé qui permet de l'admirer de toutes parts et de la mettre en valeur. Et les quatre évangélistes, fondus dans le bronze, vieillent. Leçon à méditer quand on voit comment la ville a englouti les espaces autour de la Sagrada Familia.

À l'intérieur, c'est un festival de lumière que permet cette structure quadrique. Le plafond n'est que verre et vitraux. Les bâtisseurs de cathédrales et les maîtres verriers ont toujours voulu que la lumière pénètre leurs édifices mais force est de reconnaître que nos latitudes ne sont pas des meilleures pour offrir un tel spectacle et que les nécessités du bâti n'ont pas toujours permis un tel enchantement. À noter que tout est loin d'être parfait du coup, on s'occupe aujourd'hui seulement d'installer une ventilation qui fera oublier la réputation de fournaise que peut avoir le monument.

Soulignons pour finir que Niemeyer avait la particularité d'être ... parfaitement athée. Fidèle à son engagement communiste depuis 1945, il n'en était pas moins fasciné par les églises et n'a pas hésité à mettre son génie au service des croyants. Il disait en août 2011 : "Quand j'étais petit, j'habitais avec mes grands-parents et ils étaient tellement catholiques qu'il y avait des messes à la maison. Même communiste, j'ai grandi avec l'idée que les catholiques sont bons et qu'ils veulent un monde meilleur".

C'est difficilement accessible en vélo, mais vivement que j'admire moi-même cette oeuvre.

(c) Photo d'en tête, Agence Reuters.

La cathédrale et les statues des quatre évangélistes

La cathédrale et les statues des quatre évangélistes

La verrière de la cathédrale

La verrière de la cathédrale

Rédigé par Florian Coupé

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