1er jour : Jeudi 9 août 2012
Publié le 26 Novembre 2012
Arrivé vers 15 h à Mejorada, ville un peu miteuse de la banlieue de Madrid située à côté de l’aéroport, sous le flot des avions. À l’heure de la sieste.
J’hésite à entrer dans la cathédrale (que j’ai trouvé facilement, difficile de la louper) et chercher un endroit où me loger avant. Finalement, j’entre et trouve Justo en train de faire des sortes de tuiles en métal en tordant des barres de fer. Petite émotion avant ce premier contact. Rien ne manque pour l’instant, il est ici comme on l’imagine, en train de travailler à sa cathédrale. Je me présente, baragouine quelques mots en espagnol. Ma présence dit quelque chose à Justo, Angel a du lui dire que j’arrivais.
Justo me demande combien de temps je reste à aider. 10 jours. Ça le ravit. Nous retrouvons Angel et échangeons quelques mots. Angel est son aide, la quarantaine, il vit avec sa famille à côté de la cathédrale dans ce qui sera peut-être un jour le presbytère. Justo trouve que je parle suffisamment bien espagnol, son acolyte semble être plus dubitatif, ça se comprend. Après mes années de lycée, où j’ai plutôt chercher à me rapprocher du radiateur que de dialoguer avec Cervantés ou Almodovar, j’ai fait le choix de tenter d’apprendre quelques rudiments de chinois en école d’ingénieur. Il va sans dire que se sera difficile de réactiver tout ceci.
Je rentre la voiture dans la cathédrale à côté de la Mini et du 4x4. C’est fermé la nuit, tant mieux. Il parait qu’au moyen-âge on entrait avec attelage dans les cathédrales, ici ça semble provisoire néanmoins.
Puis je bosse. Directement. Nous bougeons un tas de gravats qui se trouve qui se trouve à l’intérieur, derrière la tour gauche de l’entrée principale. Il s’agit de morceaux de marbre de cuisine ou de salle de bain de récupération. Dans des sacs empilés. Tout ça servira sûrement à faire des dallages de la cathédrale comme c’est déjà fait dans certains escaliers. Le déplacement est court, quelques mètres, nous entreposons ces quelques tonnes de pierre en ... bouchant la porte principale (juste devant les voitures). Des colonnes forment une rotonde à l’extérieur, des piliers et des madriers forment une barrière, il y a un mètre, 1,5 m de gravât dans cette sorte de piscine improvisée, espérons que ça ne craquera pas.
Pourquoi tout ça est mieux rangé là qu’à côté dans le coin ? Mystère. On me répond «suelar» ou «suelo», je ne comprend pas bien (ça commence !) je pense au ‘soleil’ sans comprendre et ce soir je me rappelle que le soleil en espagnol c’est «sol». Le sol le plancher des vaches donc, le dallage en fait. Donc suelo, c’est sol, sinon sol, c’est pour parler du soleil. Vous me suivez ? Gardons donc les pieds sur terre avant de tourner notre regard vers les cieux. D'accord pour le dallage, mais pourquoi obstruer l’entrée principale ? Mystère toujours. Trois dames de Madrid visitaient la cathédrale, elles ont aidé une demi-heure. Sympa.
Angel semble ne pas en faire beaucoup. Je n’étais pas là ce matin c’est sûrement différent. Mais visiblement on prend son temps ici, on répète souvent : «Caliente», ce qui justifie d’y aller cool. On construit une cathédrale par un Carrefour ou un Mac Do, ce genre d’oeuvre commande de prendre son temps. Notre-Dame de Paris s’est construite en 182 ans, Saint Pierre de Rome en 120 ans, la Sagrada Familia de Barcelone ou la cathédrale Saint Sava de Belgrade sont en construction depuis un siècle, plus ou moins. Et oui même de nos jours. Adieu donc Lean Management, 6 sigma, approche matricielle et autre optimisation opérationnelle. Ici on ne sait pas quand on finira et on s’en fout. Je ne viens que 10 jours, Justo Gallego Martinez a commencé il y a plus de 50 ans. Humilité donc.
Justo puisque nous y sommes. Petit, maigre, tanné, 87 ans, un bleu de travail, des pieds nus dans des bateaux, un bonnet rouge à la commandant Cousteau. Jamais de gants, un homme usé par le travail, par son rêve, mais riant et rayonnant.
La cathédrale est un grand mic-mac, un souk, un bazar, un bordel (si vous me passez l’expression pour ce lieu saint) sans nom. Les outils et matériaux sont éparpillés dans tout le site. Un écriteau informe le visiteur imprudent qu’il s’aventure à ses risques et périls, le numéro de compte pour les dons est indiqué sur un autre. Les vitraux sont là dans les ouvertures prévues pour les accueillir, mais l'enchâssement, la maçonnerie autour est à faire partout (d’ailleurs la rosace a souffert de ce traitement et est fissurée). Tout la structure métallique est là, nous avons donc un toit et un dôme au dessus de nos têtes. Le dôme n’est pas recouvert néanmoins et l’on voit les avions passer au travers. Six scènes bibliques sont peintes même si toute la nef est à daller, peindre, couvrir et décorer. Les quelques escaliers dallés sont couverts de poussières. Là encore la spontanéité fait loi. Tous les chantiers semblent menés de front d’un jour à l’autre. Certains morceaux finis semblent être endommagés par les travaux d’à côté. Des tonnes de marbre, ciments, dalles, tubes en fer sont là, à droite, à gauche. Tout est entamé a priori : cloître, sacristie, presbytère, baptistère et la crypte est creusée. Tout le complexe, dans les 8000 m2, est bien entouré de 3 routes plus jeunes que le chantier, dont l’une est la «Calle Gaudi», l’architecte de la Sagrada Familia, un clin d'oeil des urbanistes ? On ne devrait donc pas s’étendre en largeur, longueur, hauteur ou profondeur. Ouf !! (À part si on creuse une cave pour le vin de messe) Comme il y a beaucoup à faire, il vaut mieux.
Le projet est fou, il reste tant à faire mais ce petit bout d’homme a déjà tant fait. On va bien voir ce qu’il y aura à faire demain.
Si à noter :
- Un lévrier squelettique, appartenant à Angel, et franchement moche, m’a mordillé les mollets.
- Pas mal de monde, plus de 15 personnes en un après-midi, visite la cathédrale.
- J’ai mangé des tortillas à 17h et j’avais bien faim.
- Il y a un beau plan 3D fait sur Google SketchUp qui tourne en boucle sur un écran.
- La ville semble un peu miséreuse.
- Pas trouver de «lavanderia», une laverie alors que je vais en avoir besoin.
- Lemaître à terminé dans les choux aux JO.
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